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Dia Grisbi
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Dia Grisbi
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14. Haute tension

Samedi 11 Juillet 2009 à 11:42


Pub Kydiz

Comment te sens-tu? murmura-t-il au creux de son oreille.

Fanny poussa un léger soupir et se détourna légèrement pour pouvoir dévisager l’homme qui était rester pour elle. Elle caressa doucement sa joue et répondit d’un petit sourire espiègle. Sans attendre, Maxime se redressa, enfila un tee-shirt abandonné sur l’accoudoir du fauteuil et se dirigea vers le salon. La jeune femme resta en retrait, redoutant le moment où elle devrait tout lui avouer, où elle le perdrait pour de bon, où il retournerait avec la reine des glaces. Estelle était devenue son obsession, se faire interroger par elle l’avait rempli d’une colère sourde : qu’avait fait cette femme pour que Maxime souffre tant? Elle trouvait injuste qu’il n’ait jamais réussi à l’oublier complètement alors qu’elle semblait mener sa vie et son monde comme elle l’entendait.

Ayant horreur du silence, Maxime alluma la télévision qu’il mit en sourdine et s’attela à faire du café. Il regarda un instant la porte entrouverte de la chambre à coucher et se remémora les derniers jours qu’il avait vécu, seul dans cet appartement. Fanny en prison, il en avait profité pour faire le grand ménage dans sa vie. Revoir Estelle l’avait bien évidemment bouleversé mais lui avait également permis de prendre conscience qu’il attachait encore trop d’importance à son passé. Bien sûr, il venait d’apprendre l’existence d’un fils et il était hors de question que ce dernier continue à vivre sans connaître son père seulement, il ne savait pas comment aborder le sujet avec Fanny. Il savait pertinemment que leur couple reposait sur des non-dits et redoutait sa fragilité mais la seule chose dont il était convaincu c’était qu’il s’interdirait éternellement de la quitter. Son instinct protecteur était enfin assouvi avec l’être fragile qu’était Fanny. De plus, c’était grâce à elle qu’il était remonté à la surface, qu’il avait appris à aimer sans passion mais avec raison. Pour l’équilibre d’un enfant (et il songea de nouveau au petit Nathan) il lui semblait vital que les deux parents montrent un amour calme et posé, et non pas un amour fusionnel et instable. Estelle restera évidemment son premier amour mais ils n’auraient sans doute jamais pu vivre éternellement ensemble : elle avait un tempérament en désaccord avec le sien. Du moins, essayait-il chaque jour de se persuader…

« - Travaillant actuellement sur le meurtre de Julien Fayeux, l’inspecteur Fanchon a accepté de nous rencontrer pour nous informer de l’avancée de l’enquête. Monsieur Fanchon, vous avez décidé de mettre fin à la garde-à-vue prolongée de Fanny Brault, pourquoi?

- Après vérification son alibi a été confirmé par des membres de sa famille.

- Pourquoi avoir attendu si longtemps pour la libérer?

- Des éléments de l’enquête nous ont fait douter de sa sincérité. Vous n’en saurez pas d’avantage car ces informations sont classées confidentielles. Toutefois, nous avons un nouveau suspect qui est un danger pour la sécurité de tous.

- C’est exact. Et c’est d’ailleurs le visage que vous voyez apparaître sur votre écran. »

Tandis que la journaliste commençait à être ignorée par l’inspecteur, un texte sur fond rouge commença à défiler en bas de l’écran, donnant les caractéristiques du suspect et le numéro qu’il fallait joindre si jamais ce dernier était aperçu. Postée près de la télévision, Fanny refusa de se retourner lorsque Maxime l’appela pour boire le café.

Lorsqu’il arriva au commissariat, Hervé jeta nonchalamment sa mallette sur un siège et s’installa derrière son bureau. Il se massa doucement les tempes et se remémora son entrevue avec la journaliste. Il n’avait rien dit que les gens ne sachent déjà et se félicitait d’être resté aussi calme alors qu’elle le priait d’en dire d’avantage.

- Bonjour patron! claironna Julien Herbert. Je vous ai vu à la télé ce matin, sympa le costume pour l’occasion.

Il acheva son compliment par un clin d’œil et commença sérieusement :

- On a retrouvé aucune trace de la fillette. On a fouillé la maison et trouvé un pièce qui sert de débarras : un lit d’enfant cassé, des étagères, un évier… rien de fantastique. Pas de sang, encore moins d’ADN, d’urine ou encore de cheveux. On a quadrillé le secteur avec les chiens mais pour le moment ils n’ont pas détecté l’odeur de la fillette. On est allé voir le lieu où le cadavre et habituellement retrouvé mais là encore, aucune trace.

Hervé fronça les sourcils et se leva lourdement. Il attrapa sa veste et fit signe au brigadier de le suivre hors du bureau. Alors qu’ils se dirigeaient vers la sortie ils croisèrent Estelle qui les salua d’un signe de tête.

- Les chiens n’ont pas fini de quadriller le terrain c’est ça?

- Oui. Mais la forêt est vaste et ça risque de prendre plus de deux jours, surtout que le temps est incertain. La pluie n’aide pas et le vent les désoriente.

- Continuez, ratissez chaque parcelle de terre, retournez celle-ci si ça devient nécessaire. On doit retrouver cette petite.

Sur ces mots il s’engagea dans la sortie et se dirigea vers une voiture de fonction. Le brigadier, quant à lui, alla retrouver un groupe d’hommes qui tenaient en laisse une dizaine de chiens.




- Mademoiselle Copolini, il y a une semaine de ça, vous avez drogué et séquestré Mickaël Tondo, médecin légiste. Vous vous obstinez à garder le silence mais je me dois de vous répéter que ce n’est pas dans votre intérêt, argumenta Estelle qui s’était assise en face d’elle quelques minutes plus tôt. En effet, rester silencieuse, c’est comme avouer, même pire. A combien d’autres hommes avez-vous infligé la honte d’être manipulés comme des pantins? Combien avez-vous fait souffrir dans l’unique but de vous venger de la cupidité d’un seul? D’ailleurs, celui-ci est bien le seul que vous n’ayez oser attaquer. Pourquoi? Qu’a-t-il de plus, ou de moins, que les autres? Vous voulez que je vous dise? Je pense que vous saviez au fond de vous qu’il ne vous appartiendrai jamais et ça vous rendait malade. Pourtant, vous vous êtes dit qu’il ne pourrait pas se défiler face à un mariage, à un engagement public, connu de tous. Mais c’est là votre erreur. Et le pire dans tout ça, c’est qu’il a du s’amuser.

La tête blonde de la jeune tremblait légèrement mais elle refusait tout bonnement de la relever pour affronter le regard et la dure réalité que lui imposait Estelle. Cette dernière reprit donc :

- Alors quand votre famille et vos amis vous ont traité de « bonne poire » ça a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Ils voulaient simplement vous sortir de la torpeur dans laquelle vous aviez sombré mais en employant la manière forte ils ont fait ressortir le côté complètement dérangé qui forge votre personnalité. Vous avez commencé à faire une fixation sur celui qui vous avait brisé le cœur, que vous croyiez avoir conquis et vous vous êtes alors dit que, faute de conquérir le cœur d’un homme, vous vous contenteriez de son corps que vous marqueriez au fer rouge afin qu’il ne vous oublie pas une fois que vous l’aurez rejeter. Très mesquin cette idée de tatouage, constata la jeune femme en jetant un coup d’œil aux photographies du crâne du brigadier décédé.

Elle les étala une à une devant Aurélie. Trois, en tout. Elle attendit que le regard de cette dernière fusse attirer malgré lui. La curiosité piqua la jeune femme et Estelle reconnut aux sourcils blonds légèrement relevés qu’elle avait vu juste. Elle inspira profondément et acheva la jeune femme :

- Vous allez être inculpé pour homicide involontaire, manipulation sur personne inoffensive, menaces proférées à l’encontre de l’autorité et séquestration. On a retrouvé un homme qui a accepté de témoigner le calvaire que vous lui avez fait vivre. Vous ne vous en sortirez pas facilement. On vous offre une chance de coopérer pour…

- Pourquoi? cracha soudain la jeune femme dont le visage avait soudain viré au rouge. Qu’est-ce que vous connaissez de ma vie pour me juger, hein? Vous voulez que je coopère, la blague! C’est pour m’enfoncer un peu plus le jour du procès! Regardez-vous! Vous faites la fière parce que vous avez sauver le légiste! Vous voulez une médaille peut-être?

Estelle la dévisagea longuement : Aurélie sombrait dans le délire, elle n’en tirerait rien. Elle se leva, rassembla les photos qu’elle avait étalé un instant plus tôt et s’éclipsa sans un regard en arrière.


Tapi dans le noir de son dressing, Sylvain Humbert tenait un couteau de cuisine dans la main droite et tremblait de tous ses membres. La sueur froide lui glaçait l’échine et ses mains étaient affreusement moites.

Un peu plus tôt dans la soirée il était revenu du travail. Employé d’une grande firme il s’était amusé à faire des heures supplémentaires et avait donc quitté le bureau seul. Dans sa grosse berline noire il avait grillé une cigarette en étendant son grand corps élancé et s’était regardé dans le rétroviseur. Il avait les cheveux blond vénitien, un regard couleur caramel qui pétillait de malice. C’était un homme à femmes qui avait le don de séduire toute en finesse et de quitter tout en silence. Il mouilla le bout de ses doigts et les passa dans ses cheveux dans un mouvement fébrile. Tout à coup, il démarra en trombe et fila sur la route luisante dans un crissement de pneus.

Denis Monmore avait hélé un taxi et s’y était engouffré en serrant une veste rapiécée entre ses bras.

- Suivez cette voiture s’il vous plaît.

Le chauffeur de taxi s’était retourné sur son siège pour voir s’il n’avait pas affaire à un psychopathe mais puisque l’homme s’obstinait à garder la tête baissée il avait haussé les épaules : tant qu’il serait payé, il serait content. Il avait eu du mal à suivre la grosse berline parce que le conducteur avait l’air d’aimer la vitesse. Lorsqu’il s’était arrêté, légèrement en retrait de l’homme suivi, il n’avait pas eu le temps de réclamer son dû : l’homme filait déjà en direction de la maison. Il avait voulu sortir du véhicule puis s’était ravisé en imaginant un règlement de compte qui tournerait mal. Toutefois, inquiet pour le blondinet qui se dirigeait vers la porte, il avait passé un coup de fil.

Alors que Sylvain tentait maladroitement d’essuyer ses mains sur son costard Hugo Boss, Denis pénétra dans la pièce, la respiration haletante.

- Tu sais ce qui me dérange le plus? C’est pas que tu sois pas comme moi, non. C’est que tu as l’objet qui va me permettre de te rendre normal. Je suis là pour te soigner. N’aie pas peur.

Malgré lui, Sylvain poussa un gémissement ce qui attira irrémédiablement Denis. Ce dernier se redressa, car il avait regardé sous le lit, comme une vulgaire partie de cache-cache et se dirigea d’un pas lourd vers le dressing. Quand il ouvrit les portes en grand il trouva le jeune employé qui s’était mouillé et qui l’implorait, les deux mains jointes. Le couteau avait disparu. Denis entra subitement dans une rage folle et arracha tous les cintres de la penderie. Il attrapa Sylvain par les épaules et était à deux doigts de l’assommer contre la barre de fer qui soutenait les cintres, quand derrière lui il entendit :

- Police! Levez les mains!

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