
Internet : la déception !
Lundi 13 Avril 2009 à 13:08
Et si l’Internet,c’était pas la panacée ? Ça fait avocat du Diable mais tant mieux !
Tout le problème des technologies émergentes, c’est qu’on a toujours l’impression d’être en deçà des possibilités qu’offre la technique. Ou alors, ça délire sec sur le mode messianique, et on attend des miracles, comme si ça allait nous sortir d'affaire .
Sur le premier mode, nombreux sont ceux qui se demandent s’il y a lieu de parler de révolution de l’information lorsqu’on met Le Monde en ligne, par exemple. En quoi, la mise au format HTML d’un article de journal papier est-elle révolutionnaire ? Ah oui, mais il peut-être consulté de n’importe où par n’importe qui à tout moment. Ok, mais, avant, il suffisait d’être abonné, pour faire la même chose. Oui, mais maintenant, c’est gratuit. Ah, c’est ça la révolution ? Et ça va rester gratuit longtemps, en plus ? Et si oui, il y aura toujours plus de pubs qui nous assailleront, nous empêcheront de surfer tranquille .
En fait que fait-on avec Internet (avec le web, pour être plus précis) ? On fait de l’info. Comme avant. On diffuse ou on met à disposition, ce qui sur le fond ne change pas grand chose, malgré certains distinguos laborieux. En fait, pour être exact, on fait autre chose que de l’info ; il y a une flopée de sites plus ou moins professionnalisés sur les sujets les plus divers, depuis la musique de mes deux jusqu’au fan club de mon cul. Mais tout ça, c’est pas bien sérieux, sur le fond.
Ah oui, mais maintenant il y a le web 2.0, on peut tous faire ses commentaires, et les commentaires des commentaires .
N'est-ce point génial de particitativité, ma chère ? Et vous n'avez rien vu, zallez voir le Web 10.0 version optimisée
Ah?! Ben ouais mais, vu le nombre de sites, blogs, forums et autres, quand tout le monde écrira parce que si la technologie continue à cette vitesse, bientôt t'auras plus qu'à parler et la machine écrira à ta place et enverra ton billet sur le net ! eh ben ça deviendra complètement impossible de s'y retrouver, un peu comme si six milliards d'individus se mettaient à parler en même temps !
Ben merde, j'y avais pas pensé !
A moins qu'avant BIG BROTHER ne reprenne les choses en main !
Une fois les start-up retombées comme des merdes molles, de quoi parlent les vrais médias ? Des sites qui font de l’info. Surtout des sites contestataires parce qu’évidemment avec un papier sur Nous-deux-on-line, ou "nosvacancesencroatie.com " on ne va pas des masses attirer le chaland.
Pourquoi donc ?
- D’abord parce que les media ne parlent bien que d’une chose : d’eux-mêmes ou de ce qui leur est apparenté.
- Ensuite parce que l’info est assimilée à du sérieux, à du travail, et le site perso à un truc bien sympathique, mais un peu branleur, à du loisir.
- Et surtout parce qu’on est dans une société travaillée par la mythologie de l’accès à l’autonomie du sujet (la libération) par le savoir, la connaissance. En bref, tu vas devenir libre si tu as accès à l’info, et à condition que cette info soit exacte. C’est une idée qui paraît tellement évidente qu’elle n’est jamais questionnée. Elle devrait pourtant l’être, ne fût-ce que parce que la chose dont on manque le plus actuellement, c’est " l’info - exacte" , et non sortie de son contexte comme c'est si souvent le cas. Et ensuite parce qu’on peut se demander si le récepteur n’a pas un rapport à l’info sur le mode du spectacle et du spectacle rassurant parce que "qui nous caresse dans le sens du poil" (et là Internet est terriblement pervers car il te permet de choisir uniquement celle qui t'arrange)
Évidemment, l’idée révolutionnaire c’est que l’internet devrait permettre à l’info alternative d’émerger. On reste toujours dans l’ordre de la libération par la connaissance. On reste à faire de l’info, comme d’autres font dans la fripe. Rien de nouveau, ce genre d’idée remonte au moins au siècle des lumières. Pas qu’elle soit fausse. Enfin, si. Mais le problème n’est pas là. Où est le coté révolutionnaire du web, là-dedans ? On peut se dire qu’on a un changement d’échelle à tout prendre : plus d’info, plus diversifiée, accessible par un plus grand nombre de gens. On est loin d’une rupture dans les habitudes culturelles .
Prenons Agoravox par exemple. Quelle est sa spécificité (pour autant que j’aie compris) ? Permettre aux gens ordinaires de devenir à leur tour journalistes, de pouvoir s’exprimer sur les sujets qui les touchent et de s’apercevoir qu’ils sont souvent au moins aussi bons que les pros. Et d’unifier les articles et contributions diverses dans un site collégial. Dans ces conditions, on reste certes dans l’optique on fait de l’info, mais le coté démocratie directe impose une forte valeur ajoutée.
Oui mais seulement voilà :
- D’abord, ce ne sont pas les gens qui s’expriment, du moins qui s'expriment bien, c’est un nombre limité de personnes. Et ressurgit le vieux problème de l’émergence des élites (élite étant pris ici dans son sens sociologiquement neutre).
- Ensuite, on peut encore se demander si tout cela n’est pas simplement un changement de degré plutôt que de nature : on facilite l’expression de personnes qui auraient eu du mal à collaborer à un fanzine papier.
- Et surtout on reste à faire de l’info, c'est pas en tapotant sur un ordi qu'on agit vraiment; au contraire, on aurait tendance à canaliser trop d'énergie au détriment de l'efficacité.
Qu’on réfléchisse bien à cela. Il semble que ce pour quoi le web semble être le mieux adapté - et en tout cas, c’est pour cela qu’on le loue -, c’est pour l’info. Ce qui est le paradigme de l’avant-internet. Personne ne semble avoir trouvé les applications "supérieures" de l’internet, les applications qui soient congruentes au nouveau paradigme associé à cette technologie. Paradigme qui semble ne pas émerger, peut-être tout simplement parce qu'il n'existe pas !
Au fond, je crains fort qu’Internet ne soit qu’un gadget, brillant certes, mais sur le fond incapable de générer la moindre rupture culturelle (au sens fort) ? En tout cas, pour le moment, les utilisations semblent être en deçà des possibilités qu’offre la technologie. Mais peut-être cette idée est-elle un leurre aussi ?
Oui, c’est probablement un leurre aussi. Si on fait un parallèle entre le web et la télé (ah ! horreur ! C’est interdit !), on s’aperçoit que cette dernière était inimaginable 20 ans avant son invention, et en tout cas, personne n’aurait pu imaginer l’espèce de sous-culture extrêmement prégnante qu’elle allait engendrer. Si on y réfléchit bien, la télévision est à la fois quelque chose de révolutionnaire, tant du point de vue technologique que sociétal (sic). Pourtant, à vivre au quotidien, c’est devenu d'une banalité et d’une médiocrité à faire peur.
Finalement, il est probable que nos descendants auront le même rapport à l’Internet (la banalisation) et ne comprendront pas les débats qui auront animé leurs ancêtres.
Bien souvent, on ne fait que déplacer le problème ; là, je n'ai parlé que de l'aspect culturel du web parce que c'était à mon sens le plus beau mais le reste... Tiens par exemple, on devait développer à mort le télétravail et on n'a jamais eu autant de déplacements; autre chose, tu te fais livrer tes courses chez toi mais elles ne viennent pas par enchantement dans ton frigo, y a un gugusse mal payé qui pollue pour te les amener en prenant des risques parce que son patron a des impôts à payer.
Et la plupart des améliorations, innombrables, que le Web a apportées sont de l'ordre de la productivité et du repli sur soi.
En gros, nous ne sommes pas tellement en deçà des possibilités, il y en a certes mais il y a beaucoup de fantasmes.
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on ne peut certe, pas prevoir l'avenir, mais c'est vrai que la direction prise par internet ressemble à la television (et à nos societes)...
mais la ou la comparaison d'avec la tele s'arrete, c'est qu'il y aura toujours des "poches de resistants de la pensée unique" (ilmpossible à imaginer sur nos grands medias formatés) et c'est ce qui reste malgres tout rejouissant (à moins que big brother s'en mele bien sur)
à 10:13