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Dia Grisbi
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Dia Grisbi
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12. Prédateur

Lundi 23 Mars 2009 à 21:30


Pub Kydiz

Hervé fixait la photographie avec incrédulité. Il demanda d’une petite voix si Claire Noiretin était sûre d’elle et Estelle acquiesça en silence.

- Mais c’est impossible! Il a fait tout son possible pour nous aider à retrouver le coupable!

- Ou peut-être s’est-il simplement arrangé pour nous mener sur une fausse piste?

- Sa petite fille faisait partie du plan j’imagine?

- Peut-être qu’il se venge…

- En faisait subir à d’autres ce que sa petite fille a elle-même dû endurer?

- C’est possible…

- J’appelle le procureur pour une perquisition du domicile. S’il suit encore le même schéma d’action, la petite doit toujours être vivante.

- Hervé…, qu’allez-vous dire au procureur? Il est sous protection judiciaire, personne n’était sensé nous informer de son changement d’identité.

- Vous avez dit vous-même que la justice comprendrait si…

- Je ne l’imaginais pas coupable, son avocat se chargera de jouer cette carte-là.

- Mais les jurés sont des personnes sensées Estelle! Jamais ils n’accepteront que cet homme soit en liberté! Avec toutes les preuves qu’on aura à charge…

- Madame Noiretin ne témoignera peut-être pas. Il est sans doute aussi méticuleux pour cacher une fillette que pour l’enlever et nous mener vers une mauvaise piste. Les preuves seront dissimulées à la perfection.

- On mobilisera les hommes qu’il faudra, rétorqua-t-il, décrochant par la même occasion le téléphone qui se trouvait à sa droite.

Intrigué par l’article de presse qu’il avait lu la veille, Mickaël gara sa voiture dans le parking privé de l’asile psychiatrique. Ses lunettes de soleil sur le bout du nez, il regarda un instant, sans bouger, l’énorme bâtisse blanche qui s’étendait sous ses yeux. Il frissonna lorsqu’un cri strident
s’échappa d’une fenêtre entrouverte. Il savait bien qu’il n’y avait rien d’effroyable dans ces établissements mais il ne pouvait pas s’empêcher de ressentir une certaine appréhension. A l’accueil, il rencontra un psychiatre qui esquissa un sourire poli et qui lui indiqua d’un mouvement de tête de le suivre. Ils entrèrent dans un vaste bureau aux murs blanchis à la chaux. Le
psychiatre lui désigna un fauteuil gris qui avait déjà un certain âge et s’installa face à lui. Il croisa les mains devant lui et l’interrogea du regard. Mickaël détestait sa façon de l’observer. Il devinait son attitude professionnelle et était frustré qu’elle fusse utiliser pour lui.

- En lisant le journal hier soir, j’ai vu qu’un de vos patients avait pris la fuite. Je voulais savoir s’il était possible de visionner son dossier médical?

- Vous savez sans doute que nous sommes liés au secret professionnel, rétorqua sèchement le psychiatre.

- Bien sûr, mais je pense que la police va bientôt venir vous réclamer plus d’informations sur lui.

- Qu’est-ce qui vous fait dire ça?

- Un homme a été sauvagement assassiné il y a un peu plus d’une semaine et, chose étrange, un tee-shirt portant le sigle de votre établissement a été retrouvé, imbibé de sang, dans une poubelle, à quelques mètres seulement du domicile de la victime.

Le psychiatre étouffa un rire nerveux et attrapa une clef dissimulée dans un trottoir. Il se leva lourdement et se dirigea vers un grand meuble gris. Il ouvrit l’un des tiroirs et en sortit une mince chemise rouge sur laquelle était collée une étiquette. Une écriture appliquée la recouvrait d’un nom et d’un prénom : Denis Monmore.

Nerveuse, Estelle attendait sur le perron de l’immeuble dans lequel vivait Mickaël Tondo. Cela faisait maintenant trois fois qu’elle sonnait à l’interphone et elle allait abandonner lorsqu’elle entendit la voix familière du jeune homme résonner, moqueuse, derrière elle.
- Alors ça! Si j’avais su qu’Hervé enverrait une jeune recrue pour se faire pardonner!

Estelle se renfrogna avant de dire d’une voix blanche que personne ne l’avait envoyé, qu’elle venait de son plein gré afin de discuter posément (et elle insista sur ce mot) d’Aurélie.

- Seriez-vous en train de vous invitez chez moi? demanda-t-il avec un large sourire.

- J’aurai préféré que cet entretien se fasse sur votre lieu de travail mais puisque vous ne vous y êtes pas présenté, j’ai pensé que vous nous couviez peut-être quelque chose.

Mickaël accueillit la réplique cinglante sans broncher. Il attrapa ses clefs et déverrouilla l’entrée. Dans le hall il prit son temps pour prendre son courrier, satisfait de voir Estelle s’impatienter. Dans l’ascenseur il se justifia quant à son absence au cabinet. Elle l’excusa d’un geste nonchalant de la main et ils entrèrent dans l’appartement spacieux du jeune homme.

Tout était d’un blanc immaculé. Il n’y avait aucune marque de la personnalité du jeune homme. L’ordre régnait, rien ne traînait, les oreillers étaient sagement tapés et soigneusement déposés sur le canapé. Contrairement à l’image qu’elle avait des hommes, Estelle fut surprise qu’aucune vaisselle ne traîna dans l’évier et encore moins sur l’égouttoir. Elle pivota sur elle-même quand il lui demanda si elle voulait boire quelque chose. Elle détestait cette façon qu’il avait de toujours vouloir la surprendre, comme si le temps qu’elle mettait à le chercher, était un jeu amusant.

Lorsqu’il lui proposa de se mettre à l’aise, elle s’assit prudemment sur le canapé et attrapa doucement le verre que lui tendait Mickaël avec un petit sourire ironique. Ce fut lui qui coupa le silence gênant qui commençait à s’installer :

- Je sais qu’Aurélie a quelque chose de grave à se reprocher mais je ne pense pas qu’elle ait tué qui que ce soit.

- Permettez-moi de rester sceptique… Même si elle ne l’a pas tué de ses propres mains, elle l’a peut-être poussé à se suicider.

- En le quittant? proposa-t-il, un sourire en coin.

- Que faites-vous de ce tatouage? Et du crâne rasé?

Mickaël passa une main furtive dans ses cheveux comme s’il redoutait de les perdre à son tour. Il soupira et porta une bouteille de bière à ses lèvres.

- Que… que vouliez-vous que je fasse, la dernière… enfin… la dernière fois qu’on s’est vu, questionna Mickaël, vexé d’avoir cédé le premier.

Si Estelle s’en était aperçue, elle n’en montra rien et lui exposa calmement la situation. Après quelques compromis, ils se mirent d’accord et elle partit sans autre forme de procès.

Dans le véhicule qui les conduisait à-travers des routes sinueuses, Estelle et Hervé réglaient les derniers détails de l’intervention. Derrière eux, une fourgonnette noire transportait une dizaine d’hommes armés, prêts à se déployer pour encercler les lieux.

Silencieux, les hommes se mirent en place, tandis qu’Estelle et Hervé, munis de gilet par balle, se dirigeaient, dépourvus d’armes, en direction de l’entrée. Comme lors de leur précédente visite, ils virent un pan de rideau s’abaisser et attendirent un long moment avant de voir le visage soucieux de
l’homme qu’ils allaient arrêter. Sans attendre que l’homme ne puisse dire quoique ce soit, Hervé brandit le mandat de perquisition et força le passage sans ménagement. Pendant ce temps-là, Estelle entreprit de lui passer les menottes en énumérant les droits qu’il avait mais, avant qu’elle n’ait pu faire quoique ce soit, elle se retrouva projetée contre le mur et tomba immédiatement dans les pommes, assommée par le bord de la cheminée. Hervé se précipita à
son chevet et tapota vivement ses joues, beuglant des ordres dans un talkie-walkie. Il remarqua alors le filet de sang qui coulait sur la main avec laquelle il soutenait la tête de la jeune femme.

Alors que le corps d’Estelle était déposée sur un brancard et qu’on avait découvert la pièce où la petite Allison avait vécu, un homme s’approcha d’Hervé :

- On a rattraper le suspect, dit-il en désignant l’extérieur où un homme enragé se débattait lamentablement.

Alors qu’il se rapprochait du coupable pour exiger de lui qu’il lui dise où se trouvait la dernière fillette enlevée, il entendit ce qu’il aurait préféré ne jamais avoir à entendre : - Il n’avait pas le droit! C’était la mienne! La mienne vous entendez?
La virginité de ma petite fille était la mienne!

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