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Dia Grisbi
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Dia Grisbi
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11. Psychose

Samedi 21 Février 2009 à 14:17


Pub Kydiz

Toujours en garde à vue pour le meurtre de son frère, Fanny restait prostrée. Maxime essayait par tous les moyens de lui obtenir une liberté sous caution mais l’avocat qu’ils avaient engagé le sommait de le laisser faire son boulot. Abattu, il était retourné dans l’appartement qu’ils avaient enfin pu récupérer et c’est avec un pincement au cœur qu’il regarda la porte de l’appartement d’en face barrée d’un ruban jaune. Il maudit Fanny qui refusait de lui dire quelque chose et maudissait également Estelle et ses collègues qui l’empêchaient d’avoir accès au dossier.

Tout en décapsulant une bière fraîche, il se jeta sur le canapé et alluma la télévision. Il écoutait d’une oreille distraite le journal télévisé quand une annonce le frappa : un malade mental s’était échappé de l’asile depuis un sacré bout de temps et restait introuvable. Peu à peu une idée s’immisça en lui et il lui sembla avoir trouvé la solution idéale au problème de Fanny : même si ce fou n’était pas coupable, qui s’en soucierait? Il serait retrouvé et le meurtre de Julien Fayeux serait élucidé. Il se sentit tout à coup stupide et se frappa le front de la main. Il ne supportait pas de savoir Fanny derrière les verrous. Il devinait le calvaire qu’elle devait vivre et était capable de tout pour la sortir de ce cauchemar… comme l’avait fait Estelle pour lui quelques années plus tôt… Cette idée lui serra le cœur et il la chassa en secouant la tête. Il ne ferait pas la même erreur qu’elle : non seulement il trouverait une solution pour Fanny, mais en plus il resterait à ses côtés, quoiqu’il arrive.



- Inspecteur? questionna le brigadier Daniel Mounier.

Hervé daigna juste pivoter légèrement la tête et l’écouta distraitement.

- On a retrouvé un tee-shirt teinté… abondamment… de sang, dans une poubelle, pas très loin de l’immeuble où vivait Thomas Brault.

L’homme fit subitement volte-face, impressionnant le brigadier qui semblait minuscule à ses côtés.

- Comment se fait-il qu’on ait mis autant de temps pour le retrouver? L’avez-vous déjà envoyé au labo? Y’avait-il autre chose?

- Les éboueurs l’ont déniché dans une poubelle réservée aux cartons. Ils nous ont immédiatement contacté. Le labo doit déjà être en train d’analyser le tee-shirt inspecteur. Et non, il n’y avait rien d’autre.

- Comment avons-nous pu négliger les poubelles de la sorte?

- Peut-être parce qu’on a trop vite jugé la coupable? se risqua le jeune homme, le regrettant presque aussitôt.

- Ah oui? Et que me suggéreriez-vous alors? Une mise à pied de l’inspecteur Dubost? Peut-être devrais-je vous promouvoir sinon?

Les traits durs de son supérieur n’inspira rien de bon à Daniel qui se confondit en excuses et disparut, bousculant une jeune femme qui venait de faire son entrée, anxieuse. Gênée, elle tenta de se faire minuscule mais, alors que ses yeux se baissaient timidement pour rester rivés sur le sol, elle entraperçut l’homme qu’elle était venue voir deux jours plus tôt. L‘ayant vu lui aussi, il lui adressa un bref signe de la main et disparut dans une pièce, un gros dossier calé sous le bras qu’il n’avait pas agité. Tremblant légèrement, elle prit place sur un des fauteuils qui comblaient le hall d’entrée. Alors qu’elle ne cessait de nouer et de dénouer ses mains moites, Estelle s‘approcha d’elle le visage fermé. Elle l’invita à la suivre et elles se retrouvèrent dans une pièce où deux hommes s’y tenaient déjà. Le premier, debout près de la fenêtre, était celui qu’elle était venue voir tandis que le deuxième, assis derrière un largue bureau, les jambes croisés nonchalamment, la dévisageait d’un air sceptique. A son tour, il l’invita à s’asseoir en face d’elle. Derrière elle, Estelle referma la porte et s’y adossa sans bruit. Claire Noiretin regarda l’homme qui ouvrait l’énorme dossier qui se trouvait devant lui et prit une profonde inspiration.

- Claire Noiretin, infirmière, mère divorcée de deux enfants âgés de quatre et neuf ans, énuméra-t-il dans sa barbe, comme pour lui. Vous avez fait une déposition il y a deux jours auprès du brigadier Herbert. Pourquoi vous êtes-vous manifestée si tard?

- Je… j’ignorais que la petite avait disparu… C’est mon compagnon qui m’a tendu le journal quand vous avez fait un appel à témoin… J’ai longtemps hésité à venir parce que j’avoue, peut-être égoïstement, que j’avais peur pour mes enfants.

- C’est tout naturel, concéda Hervé en se redressant. Répétez-moi plutôt ce que vous avez raconté au brigadier.

Un instant, elle dévisagea, silencieuse, Julien Herbert qui s’était retourné. Il hocha la tête, comme pour la soutenir et elle commença :

- J’amenais mes enfants au zoo aquatique car, cela est étrange, mais je les ai que le week-end… Le juge pensait que j’étais un peu instable… Pensez-vous! Mon ex-mari s’est entiché d’une jeune avocate! (Devant le manque de réaction des officiers qui la regardaient elle se ressaisit et reprit) Bref, j’étais sur le parking quand j’ai vu la petite dans la voiture. Au début, j’ai cru qu’elle boudait mais, en apprenant qu’elle avait disparu, j’ai compris qu’elle masquait son inquiétude comme elle pouvait. Je n’ai pas très bien distingué l’homme… juste de profil, ajouta-t-elle après un temps. Il avait la tête aussi ronde qu’un ballon de football, le crâne dégarni mais avec une couronne de cheveux noirs et des lunettes rondes.

Hervé poussa un profond soupir et se laissa aller contre son siège. Il avait minutieusement étudié à la fois le visage de la jeune femme mais aussi son discours sans l’interrompre. Il leva les yeux vers Estelle qui fronçait les sourcils et se leva en demandant qui voulait un café. Claire leva un doigt timide tandis que Julien accompagnait son supérieur. Restée seule avec le témoin, Estelle contourna le bureau, mais pas tout à fait, et s’installa à l’extrémité. Claire, qui n’avait jamais quitté des yeux ses mains croisées sur ses genoux, daigna enfin les yeux pour suivre le mouvement de la femme qui se trouvait derrière elle quelques instants plutôt. C’est alors que son visage se figea en une expression indéchiffrable. Intriguée, Estelle suivit son regard et regarda, songeuse, le tableau blanc où s’alignait une multitude de photos. Sans réfléchir, elle se redressa et arracha une à une les photographies qu’elle étala devant Claire.

- Vous reconnaissez quelqu’un? demanda-t-elle d’une voix limpide.

D’une main tremblante, Claire écarta plusieurs photographies et en désigna une du bout de l’index en précisant que seule la coupe de cheveux la laissait perplexe. Ce fut au tour d’Estelle d’afficher une mine sinistre. Elle décrocha le téléphone qui se trouvait sur le bureau et prononça les quatre mots qui se bousculaient dans sa gorge:

- On a un problème.



Perché sur un tabouret, Mickaël analysait l’échantillon de sang qu’il avait prélevé sur le tee-shirt retrouvé. Il allait le comparer à celui de la victime mais, alors qu’il procédait à un examen minutieux, quelque chose le frappa : le sang qu’il observait était composé de deux groupes sanguins différents. Sans se déconcentrer, il fit tous les examens nécessaires et en déduisit, sans surprise, l’ADN de la victime. Il quitta ensuite le labo, prenant bien soin de nettoyer derrière lui et pénétra dans son bureau.

Lorsqu’il raccrocha, il sut que le brigadier Mounier se présenterait dans son bureau dans moins d’une heure. Cela le soulagea car il redoutait l’instant où il reverrait Estelle. Pas pour l’effet qu’elle lui faisait, non (parce que mine de rien, il ne pouvait être indifférent à cette froideur apparente) mais parce qu’avec l’altercation qu’ils avaient eu quelques jours plus tôt, il redoutait de remettre sur le tapis cette affaire. En attendant le brigadier, il attrapa le journal qui était plié et posé sur son bureau. Il le déplia tranquillement et le parcourut sans d’autre préoccupation que celle de faire passer le temps. Ses yeux semblèrent alors attirés par un sigle qu’il avait déjà vu quelque part et une ride soucieuse se creusa entre ses sourcils.

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