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Dia Grisbi
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Dia Grisbi
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10. L'appât

Vendredi 06 Février 2009 à 19:44


Pub Kydiz

Estelle feuilletait les dossiers qui s’étalaient devant elle lorsqu’elle entendit Hervé s’emporter. Visiblement, il cherchait à retenir quelqu’un. Elle tendit l’oreille tout en rangeant méticuleusement les papiers qu’elle tenait à la main. Alors qu’elle s’apprêtait à aller voir de quoi il s’agissait, quelqu’un surgit dans son bureau sans même prendre la peine de frapper. Le visage furibond, Mickaël, le médecin légiste, jeta sous ses yeux ahuris un dossier, celui qu’elle avait elle-même rédigée. Elle se mordit les lèvres et l’invita à s’asseoir sans un mot.

- Quand comptiez-vous me dire que je fréquentais une psychopathe?

Estelle prit son temps pour répondre, scrutant le visage soucieux d’Hervé qui se tenait dans l’embrasure de l’entrée, les bras croisés.

- A vrai dire, on ne comptait pas vous le dire du tout. Du moins, pas dans l’immédiat. On avait besoin de toute votre crédibilité.

- De toute ma crédibilité? souligna Mickaël en laissant exploser la colère jusqu’à alors difficilement contenue. Vous vouliez me faire jouer le rôle d’appât sans m’en informer, inspecteur? Très professionnel tout ça! Vraiment! En tout cas, sachez que cette affaire d’ « infiltration », appelez ça comme vous voudrez, (il l’empêcha ainsi de rétorquer) se fera sans moi!

- Je pense que l’on devrait en discuter et voir…

- Voir quoi? s’emporta-t-il encore. Vous n’avez pas daigné m’informer de quoi que ce soit et maintenant vous voulez qu’on discute? Etes-vous sûre que vos collègues vous admire pour votre travail, inspecteur? Parce qu’à voir comment vous traitez de parfaits inconnus, je préfère ne pas songer à ce que vous leur demander à eux. Peut-être que c’est vous la psychopathe dans le fond!

- Monsieur Tondo! Ca suffit maintenant! s’interposa Hervé en voyant le visage livide de sa collègue. Nous avions de bonnes raisons de ne pas vous informer immédiatement de ce que nous projetions de faire… mais visiblement votre curiosité a été plus rapide que notre bon sens. Asseyez-vous, nous allons trouver ensemble un compromis.

Mickaël éclata de rire. Un rire nerveux et sarcastique. Il passa une main furtive dans ses cheveux bruns et hocha la tête avec véhémence.

- Il en est hors de question. Je ne suis pas flic, je ne veux être mêlé, ni de près ni de loin, à cette enquête, ni à aucune autre d’ailleurs.

Sur ces mots, il tourna les talons et courut, plus qu’il ne marcha, vers la sortie. Hervé voulut le retenir mais Estelle soupira et se prit la tête entre les mains en murmurant un pauvre « Laissez tomber ».



Assoupie sur un fauteuil inconfortable, Lucille Toncard veillait son fils encore hospitalisé. La tentative de suicide de ce dernier l’avait ramené à la dure réalité et elle s’en voulait encore plus à présent. Elle n’avait pas su faire attention à sa petite fille et maintenant, elle négligeait son fils. La mine soucieuse, Marc entra dans la chambre blanche et lui tendit doucement un gobelet fumant. Elle n’avait même pas le courage de l’avaler et le déposa sur la tablette qui se situait à sa droite. Vivement, elle attrapa la main libre de son mari et réprima un sanglot. Il la dévisagea. Il savait bien qu’elle ne méritait pas le fait qu’il l’ignore totalement mais c’était plus fort que lui. Rongé lui-même par la culpabilité il essayait malheureusement de se décharger sur la personne qui partageait sa vie depuis plus de dix ans. Il ne retira pourtant pas sa main. Son regard bifurqua en direction du jeune homme étendu, encore endormi. Il aimait son fils. Malgré ses difficultés, malgré leur relation superficielle. Il n’avait jamais été doué pour exprimer ce qu’il ressentait et son fils semblait suivre docilement ses traces. Un souvenir lui revint alors en mémoire et un gémissement s’échappa malgré lui de sa gorge.

« Les éclats de rire de deux enfants résonnaient dans le petit jardin des Toncard. Allison, quatre ans, se laissait joyeusement pousser par Florian, treize ans. Ses petites jambes potelées ne touchaient pas le sol et plus son frère l’envoyait haut, plus elle poussait des exclamations ravies. La balançoire qu’ils avaient installé quelques années plus tôt pour leur aîné rutilait encore et les comblait tous. Lucille, un plaid sur les jambes, sortaient d’une grosse grippe et goûtait enfin aux tous premiers jours ensoleillés. Derrière elle, Marc lui tenait, tendrement mais fermement, les épaules. »

L’insouciance les enivrait tous et l’allégresse qui investissait leur vie était contagieuse : tous les voisins les appréciaient, leurs enfants étaient agréables et les parents étaient toujours disponibles pour eux. Ce temps-là était désormais révolu. Même si, face au calvaire que la famille Toncard affrontait, les voisins s’étaient tout d’abord montrés plein de bonté et de compréhension, ils s’étaient vite lassés. La froideur de Marc et le mutisme de Lucille les avaient dissuadé et ils ne parvenaient qu’à ressentir une mince compassion. Ils étaient toutefois réellement inquiets pour la fillette mais l’aide qu’ils offraient était toujours écartée.

- Papa?

La voix de son fils le tira de ses sombres souvenirs et il s’approcha de lui en essayant lamentablement de sourire.

- Ne fais pas semblant papa, murmura Florian. Je sais que c’est dur, pour toi, comme pour maman… Moi aussi j’ai mal. Et je suis désolé.

- Arrête chéri! se récria sa mère en se précipitant à son chevet.

- Cesse de t’excuser tous les jours fiston, répondit Marc en le dévisageant. C’est nous qui sommes en tort : nous n’avons pas beaucoup fait attention à toi ces temps-ci.

Une larme s’échappa des yeux bruns du jeune garçon et il tenta maladroitement de serrer les mains de ses parents entre les siennes.

Les mains derrière la nuque, Mickaël ne supportait plus de relire le rapport d’autopsie qu’il avait rédigé sur la mort de Frédéric Giraud. Si cette femme était vraiment responsable du suicide du brigadier il fallait qu’elle soit condamner. Elle lui avait déjà laissé trois messages auxquels il n’avait pas daigné répondre. Ses yeux se perdaient dans le brouillard des mots qu’il avait lui-même écrit et il écumait encore sa rage contre Estelle. Pour qui se prenait-elle? Elle arrivait comme une fleur et Hervé disait « Amen » à tout ce qu’elle entreprenait. Cette pensée le fit rugir et il tapa du poing sur son bureau. A ce moment-là, la secrétaire frappa à la porte, un petit sourire ravi sur les lèvres :

- Quelqu’un est venu vous voir monsieur Tondo.

Dans l’embrasure de la porte Aurélie le dévisagea de son regard flamboyant. Elle entra dans le cabinet sans y être invité et s’installa dans un fauteuil moelleux. Elle attendit que Mickaël ait fait signe à sa secrétaire de les laisser et que la porte se fut refermer sur cette dernière pour lancer d’un air aguicheur :

- Je t’invite à déjeuner?

Il se gratta l’arrière du crâne et marmonna qu’il n’était pas d’humeur. Ses yeux exprimaient toujours la colère qui l’habitait depuis le début de la matinée. Elle le pria d’un sourire ravissant qui ne l’enchanta pas et qui le poussa à poser la question qui le rongeait depuis qu’il avait pris connaissance du dossier :

- Qu’est-ce qui s’est passé avec Frédéric Giraud?

La mine de la jeune femme se rembrunit et elle afficha un air indéchiffrable. Elle le scruta longuement, comme si elle cherchait à discerner qui du mec jaloux ou du bras droit des flics voulait entendre sa version. Elle refusa d’écouter son instinct et laissa parler son cœur qui lui susurrait de lui faire confiance :

- Eh bien… je l’ai rencontré à un festival de cinéma italien. De fil en aiguille on s’est bien évidemment mis ensemble mais je ne sais pas…, je n’étais sans doute pas prête à passer ma vie avec un seul homme, et encore moins avec lui. C’était un amour, précisa-t-elle avec nostalgie. Mais le jour où il a voulu me présenter à sa mère et à son frère j’ai vraiment paniqué alors… j’ai mis fin à notre relation. Un peu brutalement j’avoue, et sans explication en plus, mais je m’en voulais, crois-moi. Alors je suis partie à Avignon.

- Et c’est là que tu m’as rencontré? ajouta-t-il en souriant. Si je voulais te présenter à ma famille tu prendrais aussi tes jambes à ton cou?

Elle rougit de plaisir et se leva pour l’embrasser mais il la dissuada d’un geste théâtral en disant :

- Allons manger, cette petite entrevue m’a ouvert l’appétit.

Les yeux de la jeune femme pétillèrent de malice.

Posté derrière le bureau métallique qui faisait face à celui de son collègue, Julien Herbert, brigadier, faisait un compte-rendu de la rencontre qui avait eu lieu deux jours auparavant. Celle-ci n’avait donné que de maigres résultats et avait fait ressurgir de violences souffrances difficilement enfouies. En secouant la tête d’un air navré il nota la présence d’une camionnette bleue lors du premier enlèvement, celle d’une femme aux allures étranges et au goût vestimentaire dépassé, celle d’une fillette aperçue sur le bord de la route en plein milieu de la journée… Des détails trop précis qui manquaient toutefois d’un élément essentiel : la certitude. Alors qu’il s’apprêtait à imprimer son rapport, une femme à la queue de cheval ébouriffé le dévisagea, soucieuse.
- Si je viens vous dire ce que je sais, vous promettez qu’il n’arrivera rien à mes enfants?

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Par Laurent75Bjr
initiative intéressante et bien écrit tout ça. C'est sympa.
Je viens de me faire tous les chapitres à la suite.
Bravo
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le 07/02/2009
à 19:14
Par NinaMoi aussi j'aime bien! Continuez et merci
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le 08/02/2009
à 11:13
Par uningenumoi je préfère compiler les épisodes et attendre la fin pour tout lire, ma mémoire me faisant défaut d'une semaine à l'autre
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le 08/02/2009
à 11:26