
8. Un pas de plus
Samedi 17 Janvier 2009 à 09:20
[DESOLEE DU RETARD MAIS PARTIELS OBLIGENT...]
Les mains menottées, posées sur la table qui lui faisaient face, Fanny avait perdu toute notion du temps et ne comprenait pas pourquoi elle se retrouvait entre ces quatre murs, considérée comme la suspecte numéro un. Elle ravalait les sanglots qui se bousculaient dans sa gorge et murmurait doucement, du bout des lèvres, le nom de Maxime. Elle l’imaginait s’opposant à la police comme il l’avait fait le jour où deux agents étaient venus pour l’embarquer.
« - Fanny Brault, nous souhaiterions vous poser quelques questions, lui avait dit l’un d’eux en brandissant un mandat de perquisition. »
Incapable de faire un seul mouvement, elle s’était vu menottée en un rien de temps tandis que Maxime pestait qu’elle n’était victime que du hasard et qu’ils osaient s’attaquer à une personne encore bouleversée. Elle l’avait remercié du regard et avait voulu l’embrasser mais déjà, on l’emmenait dans le couloir et on la guidait vers la voiture du police.
Alors qu’elle se remémorait pour la énième fois cette scéne qui lui permettait de garder confiance en Maxime, une femme aux longs cheveux bruns entra dans la pièce, un large dossier entre les mains. Elle avait un regard implacable et ne semblait pas être venue pour la rassurer. Fanny ferma les yeux un instant et, quand elle les rouvrit, elle vit que la femme scrutait son visage en silence.
- Je suis l’inspecteur Dubost, dit-elle d’une voix ferme et dépourvue d’agressivité.
Fanny sentit son coeur explosé et fit immédiatement le rapprochement entre Maxime et cette femme qui se tenait face à elle, calme, posée et cruellement belle.
- J’aimerai voir avec vous quelques points non éclaircis de l’affaire, reprit Estelle après un court silence. Dans votre toute première déposition, vous affirmez nous avoir appelé directement, or, ayant minutieusement épluché tous vos appels, nos collègues ont non seulement trouvé que vous aviez d’abord appelé votre compagnon, mais qu’en plus, le numéro de votre voisin apparaissait souvent dans votre journal d’appel. Auriez-vous une explication à nous donner?
Troublée, Fanny voulut lui dire qu’elle n’avait rien à faire à Avignon puisqu’elle dépendait de Lyon mais la mine imperturbable d’Estelle la dissuada, tout comme le regard triste de Maxime l’empéchait de lui demander ce qui n’allait pas. Elle prit une profonde inspiration et dit d’une voix blanche :
- J’étais complétement effrayée. Maxime est le seul à pouvoir m’apaiser et ma première pensée a forcément été pour lui. C’est vrai que nous nous appelions souvent, mon voisin et moi mais c’est parce qu’il était sympathique et qu’il ne connaissait personne mis à part nous. Demandez à Maxime, il vous confirmera que nous étions ses seuls amis.
- Ou sa seule famille, répondit Estelle du tac-au-tac, blessée par les propos que tenaient la jeune femme vis-à-vis de Maxime.
Mais elle savait pertinemment qu’elle avait touché le point sensible. Bien avant que la jeune femme ne se mette à trembler et à pleurer à chaudes larmes. Et elle était d’ailleurs presque certaine que Maxime ne savait en réalité pas grand-chose de ce cher voisin. Elle pensait toutefois que ces quatre mots suffiraient à faire parler Fanny mais celle-ci gardait obstinément le silence. Elle avait cessé de pleurer bruyamment et refusait de relever la tête. Génée, Estelle continua pourtant : si Fanny refusait de lui raconter elle-même, elle serait au moins obligée d’accepter la version qu’elle allait lui présenter.
- Votre voisin ne s’est jamais appelé Julien Fayeux mais plutôt Thomas Brault. Nous avons découvert que c’était votre frêre mais que vous ne l’avez vu que très rarement, sauf ces derniers temps. Vos parents nous ont dit qu’il avait disparu du jour au lendemain parce que son père, las de le voir toujours sous l’emprise de drogues dures, lui a demandé de choisir. Ils étaient apparemment prêts à l’aider à s’en sortir.
- Non! C’est faux! hurla subitement Fanny. Mes parents veulent toujours tenir le beau rôle, sauver les apparences, tout ça ! Mais le jour où ils ont chassé Thomas ils lui ont dit que pour eux, leur fils était mort. Vous vous rendez compte? Tom était perdu et il est venu me trouver. J’étais déjà avec Maxime à l’époque et j’avais peur de le perdre en lui présentant mon frêre qui ne tournait pas rond. Au boulot, vu qu’on ne garde aucune trace des sites visités, je suis allée achetée sur un site, de nouveaux papiers d’identité pour mon frêre. Il a fait une petite cure que j’ai payé moi-même et s’est installé dans l’appartement face au mien. Je m’étais dit que, comme ça, Maxime pourrait apprendre à connaître mon frère sobre et qu’un jour je pourrais moi-même lui dire la vérité.
- Ce jour n’est toujours pas arrivé, n’est-ce pas?
- Non. Et maintenant c’est trop tard. J’aimerai qu’il ne le sache jamais. Je vous en prie. Il ne me le pardonnerait pas. Le mensonge est la seule chose qu’il ne peut accepter.
Dans sa tête, Estelle se remémora le jour où il lui avait dit la même phrase. Ils étaient allé chez un restaurateur italien et parlaient sérieusement autour d’un plat de spaghettis bolognaises. Lorsqu’elle les avaient comparé à la Belle et au Clochard ils lui avait souri tendrement et lui avait fait promettre de ne jamais mentir parce que c’était la seule chose qu’il ne pouvait accepter.
Lorsqu’elle rouvrit les yeux, elle vit ceux, remplis de tristesse, de Fanny, qui la dévisageait d’un air suppliant.
- Nous sommes obligés de le stipuler dans le dossier mais si votre compagnon ne veut pas le visualiser il n’y a pas de raison qu’il l’apprenne.
- Je connais Maxime, il voudra suivre l’enquête jusqu’au bout, savoir de quoi on m’accuse, quelles sont les preuves retenues contre moi ! Laissez-moi le lui dire, dit-elle subitement.
- Nous n’en sommes pas encore au stade des visites conjugales mademoiselle, rétorqua Estelle. Où étiez-vous dans la nuit de mardi à mercredi?
- Je l’ai déjà dit à votre collègue, murmura la jeune femme, lasse. J’étais chez mes parents avec Maxime. Tous pourront vous le confirmer.
- Quelqu’un d’autre dans votre famille savait où vivait votre frère?
- Non, pourquoi? demanda Fanny soudain soucieuse.
Estelle la dévisagea encore une fraction de seconde, se leva et quitta la pièce sans lui répondre. Non, c’était impossible. Maxime ne pouvait pas l’avoir remplacé par cette femme là. C’était inenvisageable. Et pourtant…
- Estelle ! l’interpella alors Hervé. Venez dans mon bureau s’il vous plaît.
La jeune femme pensait qu’il allait lui demander un compte-rendu de l’interrogatoire mais, au lieu de cela, il déposa la photo d’une ravissante jeune femme blonde.
- Voilà la petite amie, ou plutôt l’ex-petite amie du brigadier Giraud. Elle s’appelle Aurélie Copolini et a essuyé un échec amoureux récent.
- C’est-à-dire?
- Son fiancé l’a planté le jour de leur mariage.
La façon dont Hervé avait prononcé ces mots la fit sourire malgré elle. Elle se laissa tomber dans un fauteuil et lui désigna le dossier concernant Thomas Brault.
- Je ne pense pas qu’elle soit coupable, lâcha-t-elle presque à contrecoeur. Seulement, elle refuse de dire à son compagnon que la victime était son frère, doublé d’un ex-drogué.
- Rien ne l’oblige ?
- Elle veut qu’on ne mentionne pas ce détail dans le dossier pour empécher son petit-ami de l’apprendre. Je lui ai dit que c’était tout bonnement impossible et elle m’a demandé de le dire elle-même à Max enfin, à son compagnon.
Hervé marmonna quelque chose d’incompréhensible et lui demanda si elle pouvait se rendre chez Aurélie Copolini pour lui poser quelques questions au sujet de Frédéric Giraud. Puis, sans un dernier regard pour la jeune femme, il décrocha le téléphone qui se trouvait à sa droite et appela sa secrétaire.
- Faites venir Maxime Venturi dans mon bureau s’il vous plaît.
La gorge nouée, Estelle quitta précipitamment le bureau et garda la tête baissée jusqu’à la sortie. Là, alors qu’elle s’apprétait à franchir la porte battante, elle sentit l’odeur musquée qui émanait de lui depuis toujours. Elle l’entendit se retourner après son passage et devina l’immobilité dans laquelle devait l’avoir trouvé la secrétaire. Puis elle disparut dans les escaliers.
Un verre de porto dans la main gauche Mickaél regardait les photos d’Aurélie qui traînaient sur la cheminée en pierre. Il l’a trouvait sublime et n’arrivait pas à détacher ses yeux d’une photo où elle posait, assise dans un pneu et se balançait doucement. Ses cheveux blonds voletaient légérement autour d’elle et son sourire semblait à la fois insouciant et grave. Elle posa alors une main sur son épaule et lui adressa un large sourire, qui n’avait rien d’insouciant et de grave. Il se dégagea doucement et s’installa dans le fauteuil qui était recouvert d’un plaid aux couleurs pastels. Elle s’approcha de lui puis se ravisa pour allumer la chaîne-hifi qui était dissimulé dans une armoire en chêne massif. Alors que la mélodie s’élevait tranquillement dans la pièce, on sonna à la porte. Elle fronça les sourcils et répondit en souriant au regard interrogateur de Mickaél.
Lorsqu’elle ouvrit elle tomba nez-à-nez avec Estelle qui lui présenta immédiatement son badge. « Police judiciaire de Lyon. J’aimerai vous poser quelques questions au sujet de Frédéric Giraud ». Aurélie sentit son coeur battre la chamade mais s’effaça pour la laisser entrer. Mickael s’était levé et fut surpris de voir entrer Estelle, si minuscule à côté de la blonde plantureuse chez qui il était. « Vous vous connaissez? » faillit-il demander avant de se raviser. Il prit congé des deux femmes sans attendre, le porto posé sur la table basse, peine consommé.
- Nous avons appris par le frère de Frédéric Giraud qu’il avait une petite-amie mais il ne connaissait pas son nom, heureusement que le progrès a permis l’apparition du téléphone portable! S’exclama Estelle enthousiaste. Vous vous connaissiez depuis longtemps?
Aurélie mit un temps à répondre, pesant chacun de ses mots.
- Fred était un amour avec moi. On a passé des moments supers mais on était pas vraiment sur la même longueur d’onde. Il voulait fonder une famille et je voulais encore profiter de ma jeunesse alors j’ai préféré rompre pour ne pas lui donner de faux espoirs.
- C’était il y a combien de temps?
- Environ un mois, mais, comment est-il mort? hoqueta-t-elle soudainement.
- On pense qu’il s’est suicidé mais on cherche l’explication.
- Un suicide nécessite une enquête? demanda Aurélie avec arrogance.
- Comme je vous l’ai dit, nous ne sommes sûrs de rien alors nous ne négligeons aucune piste.
- Eh bien vous faites déjà fausse route avec la mienne, rétorqua la jeune femme en se levant. Et en plus vous avez fait fuir mon invité. J’imagine que vous n’avez plus d’autres questions inspecteur?
- Si, une dernière : comment savez-vous que Frédéric Giraud est mort?
Aurélie pâlit une demi-seconde mais celle-ci suffit à Estelle pour qu’elle s’intéresse un peu plus à elle au cours de l’affaire.
Vous devez être enregistré pour noter cet article
à 09:55