
Convergence d’intérêts (?)
Vendredi 12 Décembre 2008 à 02:17
Mardi dernier, dans l’émission radio « Le Buzz » sur Le Mouv’, Bruno Julliard, actuel secrétaire national au PS chargé de l’Education, a affirmé que Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, avait soutenu en sous-main le mouvement étudiant et lycéen contre le Contrat Première Embauche (CPE) en 2006 alors qu’officiellement il était contre.
Y’a-t-il eu convergence d’intérêts entre celui qui allait devenir président de la République et celui qui était à l’époque, le président de l’Union nationale des Etudiants de France (UNEF), l’un des principaux syndicats étudiants ?
Souvenez-vous : au printemps 2006, les étudiants (dont je faisais partie) descendaient dans les rues de France et de Navarre afin de protester contre le CPE, la dernière mesure phare du Premier ministre d’alors, Dominique de Villepin, afin de trouver une solution face au chômage des jeunes mais aussi pour apporter un début de réponses face aux révoltes urbaines de l’automne 2005. Très vite, les principaux syndicats étudiants (à l’exception de l’UNI) s’opposent au projet du gouvernement de Villepin dont Nicolas Sarkozy fait partie. Toutefois, si ce dernier s’oppose aux manifestants et soutien le projet de loi, solidarité gouvernementale oblige, ce dernier a, en réalité, tout intérêt à ce que le CPE ne voit jamais le jour. Autrement dit, faire tomber le CPE, c’est faire chuter De Villepin qui constitue un obstacle de poids dans son accession à l’Elysée. De son côté, Bruno Julliard, alors président de l’UNEF, avait tout intérêt de profiter des rivalités entre le numéro 1 et le numéro 2 du gouvernement afin d’obtenir le retrait de la loi.
Aussi, on peut parler d’une certaine manière d’une convergence d’intérêts dans la mesure où Sarkozy et Julliard avaient intérêt à ce que de Villepin glisse sur une peau de banane afin d’en tirer un bénéfice personnel. Pour le premier, cela permettait au Premier ministre et au clan chiraquien d’être discrédité et pour le second, d’avoir son heure de gloire et si, bien évidemment aujourd’hui, les ténors de l’UMP tente de minimiser les propos de Julliard, il n’en demeure pas moins ce que dernier ne fait que confirmer ce qu’il n’était plus qu’un secret de polichinelle. D’ailleurs, seuls les Guignols de l’Info avaient, au moment du retrait du CPE, souligné le double-jeu de Sarkozy lorsqu’on voit la marionnette de ce dernier manifester avec les étudiants pour ensuite jouer les déçus auprès de Chirac et de Villepin.
D’ailleurs, il semblerait que Dominique de Villepin était au courant des basses manœuvres de Nicolas Sarkozy, comme le confirme le député UMP de l’Essonne Georges Tron. En effet, l’ancien ministre de l’Intérieur voulait la peau de son patron afin d’avoir un boulevard pour 2007 et il va sans dire que l’opération fut une réussite dans la mesure où il a fait preuve de cynisme et de manipulation pour arriver à ses fins. Dès lors, face aux agissements de son ministre de l’Intérieur, de Villepin a préféré laisser faire, histoire de préserver la cohésion de la majorité.
Toujours est-il que la révélation de Julliard montre une fois de plus, un Nicolas Sarkozy sans scrupules et surtout sans aucune conviction politique. Pour arriver au pouvoir, il n’hésite pas à pilonner son propre camp afin de mieux le contrôler et le terroriser une fois qu’il est aux manettes, peu importe les conséquences de ses actes. Malgré tout, je m’interroge sur l’utilité d’une telle sortie de la part de notre secrétaire national qui devrait être tout aussi vindicatif sur la politique actuelle menée par le ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos, que sur une histoire qui démontre une fois de plus que la politique, c’est aussi un terrain de boue.
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