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Dia Grisbi
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Dia Grisbi
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3. Lueur d'espoir

Samedi 15 Novembre 2008 à 12:16


Pub Kydiz

- Quand le corps a-t-il été découvert?
- Dans l’après-midi, par des pécheurs qui regagnaient le port. Ils n’ont rien remarqué aux alentours et ont pensé que l’homme s’était jeté du pont que vous voyez là-bas.
- C’est impossible. Le corps est déjà en phase de décomposition. Regardez les doigts : cet homme s’est suicidé ou a été jeté dans le fleuve il y a plusieurs jours.
- Vous pouvez déterminer la cause de la mort?
- Pas immédiatement, non. A premiére vue, nous pouvons conclure à un suicide mais, à vrai dire, ce qui m’intrigue c’est ce code barre tatoué à l’arrière de son crâne.
- Vous pensez que quelqu’un aurait cherché à lui nuire?
- Je suis médecin légiste monsieur l’inspecteur, je ne peux pas vous répondre, répondit Mickaël froidement.
Il referma sa mallette sèchement, se redressa et fit signe à deux infirmiers de mettre le corps sur un brancard. Il serra la main de l’inspecteur de police et se baissa pour éviter la barrière jaune qui empêchait les curieux de s’approcher. Le visage du défunt lui disait vaguement quelque chose malgré les algues qui avaient investies les contours des yeux.
Une fois dans sa voiture, il passa sa large main sur son visage en fermant les yeux. Ses joues étaient piquantes et légèrement creusées. Il se dévisagea un instant dans le rétroviseur intérieur et aperçut une chevelure blonde. Il se retourna vivement mais ne vit qu’une route déserte. On toqua alors à sa fenêtre et il sursauta avant de l’ouvrir :
- Excusez-moi monsieur. Je sais qu’on apprend aux curieux à se mêler de leurs affaires mais mon père pêche régulièrement dans les environs et j’ai peur qui lui soit arrivé quelque chose.
- Rassurez-vous mademoiselle, répondit Mickael charmé par la détresse qui se lisait sur les traits de la jeune femme. L’homme qui a été retrouvé n’a pas l’âge d’être votre père.
Il lui sourit brièvement mais elle resta de marbre. Son regard se fit plus insistant, plus suppliant et tout à coup, plus malheureux encore que ceux d’un chien battu. Il se laissa convaincre et descendit de sa voiture. Il lui fit signe de le suivre et entama une marche rapide afin d’arrêter l’ambulance à temps.
- Vous êtes de la police? demanda-t-elle.
- Non, je suis médecin légiste.
- Oh ! Vous offrez aussi des consultations aux vivants? Hasarda-t-elle avec un sourire malicieux.
Il la regarda un instant en silence puis son visage se fendit en un large sourire. Il lui tendit une carte, sa carte, et héla le conducteur de l’ambulance. Celui-ci s’arrêta et l’interrogea du regard.
- Cette jeune fille aimerait être sûre qu’il ne s’agisse pas de son père.
L’incompréhension se peignit encore une fois sur le visage de l’ambulancier mais il ne fit aucune remarque. Il entendit seulement qu’on ouvrait les portes battantes, il devina le tissu de la couverture s‘abaisser et imagina même le cri désespoir de la jolie blonde qui accompagnait le légiste. Mais, tout à ses rêveries, il ne les entendit pas revenir et ne vit pas Mickael qui l’autorisait à reprendre la route.


L’intégralité du portefeuille de la victime avait été noyée mais sa carte d’identité demeurait intacte ainsi qu’un badge qui comportait un sigle de la police judiciaire de Lyon. Mickael, sceptique, ouvrit une page internet et tapa les nom et prénom de la victime : Frédéric Giraud avait bel et bien disparu depuis une quinzaine de jours. Sans attendre il composa le numéro de l’avis de recherche et tomba sur un homme à la voix grave :
- Inspecteur Blasic.
- Bonjour inspecteur. Mickael Tondo, médecin légiste. (Il ne le vit pas, mais comprit quant au bruit que faisait son interlocuteur, que ce dernier s’était brusquement redressé). J’appelle au sujet de l’un de vos hommes, Frédéric Giraud.
« Nom de Dieu! » furent les seuls mots que l’homme se sentit capable de dire. Il écouta douloureusement ce que le médecin légiste avait à lui dire puis raccrocha. Il aimait bien Fred. Un peu bizarre mais toujours partant pour une planque un peu ennuyeuse. C’était la patronne qu’allait en prendre un sacré coup! Se ressaisissant comme il le pouvait, Antoine Blasic alla toquer au bureau qu’occupait Estelle. Il la trouva assise, les yeux rivés sur une boîte en carton.
- Inspecteur?
Elle leva les yeux pour voir de qui il s’agissait et lui désigna le fauteuil qui lui faisait face. Sans un mot elle poussa le carton à l’autre extrémité du bureau pour que son interlocuteur puisse voir lui aussi ce qui l’avait tant remué. Avant de regarder quoique ce soit, Antoine débita d’une voix blanche :
- Un médecin légiste vient de m’appeler. Ils ont retrouvé le corps du brigadier Giraud aux alentours d’Avignon. Il a conclu à une tentative de suicide mais aimerait quand même vous rencontrez car certains détails clochent.
- C’est-à-dire? demanda froidement Estelle tandis qu’elle se levait péniblement de son fauteuil pour attraper sa veste sur le porte-manteau.
- Il avait un code barre tatoué à l’arrière du crâne et sa dernière relation sexuelle était juste récente.
Elle le dévisagea avec inquiètude, attrapa son sac bandoulière, y fourra son téléphone portable avant de se raviser. Elle composa un numéro tandis qu’elle faisait signe à Antoine de l’attendre dans une des voitures de fonction.
Françoise, la mère de Maxime, décrocha après la quatrième sonnerie :
- Françoise? C’est Estelle. Dis-moi, le boulot m’envoie fouiner du côté d’Avignon et je ne pense pas être rentrée pour récupérer Nathan, est-ce que tu pourrais? Merci. Je vous appelle ce soir.
Dans la voiture, la radio émettait des sons que l’on pouvait à peine distinguer car, plus Estelle et Antoine s’éloignait, plus il devenait difficile de joindre leur point de ralliement. D‘un geste sec elle décida de l’éteindre et se concentra sur la route qui s’étalait, interminable, devant ses yeux. Lui, conduisait vite et on voyait à ses mains, qu’il avait crispées sur le volant, qu’il redoutait l’entrevue avec celui qui l’avait appelé un peu plus tôt dans la matinée. S’ils ne rencontraient aucun problème sur la route, ils seraient à Avignon dans environ deux heures. Mais ces heures-là leur semblèrent être une éternité.


- Merci d’être venus si vite, dit Mickael en serrant la main aux deux inspecteurs qui se présentaient à lui. Ce n’est pas dans mes habitudes d’avoir à faire à une police autre que celle d’Avignon tenta-t-il pour détendre l’atmosphère.
Estelle jeta juste un coup d’œil à son coéquipier et ne répondit pas. Quelle idée avait donc eu Giraud de se jeter d’un pont?
- Bien, reprit le légiste avec assurance. Votre homme n’a pas été assassiné au sens propre du terme bien que cette marque à l’arrière du crâne reste encore un élément non éclairci dans l’affaire. D’après ce qu’on peut voir, ses derniers rapports sexuels remontent à environ une quinzaine de jours, tout comme son suicide, et je ne peux pas formellement dire que ces rapports ont été forcés ou non dans la mesure où il n’y a aucune trace de lutte.
- Le tatouage date de longtemps?
- J’attendais cette question! répliqua Mickael en souriant. Ce tatouage est effectivement tout récent. Je dirai, un mois, grand maximum. Regardez, l’encre n’est pas inscrite en profondeur dans l’épiderme. De plus, l’homme a saigné lors de l’opération et son sang est visiblement resté coagulé un bon bout de temps après : symptôme principal d’un tatouage récent.
- Donc, d’après vous, notre homme se serait suicider pour une raison que l’on ignore encore mais qui aurait à voir avec ce fameux tatouage, hasarda Antoine.
- Comme je le dis à tous les inspecteurs que je croise : je suis seulement médecin légiste. Les mystères de l’enquête ne me sont pas attribués.

Suite, samedi prochain...

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