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Dia Grisbi
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Dia Grisbi
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2. Nouveaux départs

Samedi 08 Novembre 2008 à 00:04


Pub Kydiz

Prostré près de la fenêtre Maxime pensait encore à elle comme si elle n’était qu’à quelques mètres de lui. Il pouvait deviner son souffle régulier, les battements de son coeur, l’odeur qui se dégageait de sa nuque délicate. Ces pensées le torturaient depuis cinq ans. Plus le temps passait, plus il souffrait d’avoir refait sa vie sans chercher à la revoir. Il avait été obligé de quitter la ville pour prendre un nouveau départ. Il crut alors entendre sa voix et se retourna vivement mais ne vit que la cuisine américaine qui avait été astiquée dans la matinée. Tout à ses pensées il s’endormit et fut plongé dans le cauchemar cruel qui s’emparait de lui à chaque fois que ces malheureux souvenirs l’assaillaient.

« - Maxime, je veux que tu t’en ailles, dit-elle le plus froidement possible.

Il lui tenait les mains, le regard perdu, cherchant dans le sien l’amour qu’elle lui avait juré éternel. Mais il était lui-même aveuglé par les sentiments qu’il éprouvait. Leur violence, leur authenticité. Il n’avait jamais imaginé sa vie sans elle et voilà qu’elle lui ordonnait de partir.
- Je t’en prie, murmura-t-elle. Je préfère te savoir bien vivant et heureux plutôt qu’enfermé dans une prison pour le restant de tes jours.

Il restait silencieux, ému par les sanglots qu’il devinait dans sa voix. Il ne pouvait se résoudre à la laisser affronter les autres toute seule. Accusé d’un meurtre qu’il n’avait pas commis, il lui avait juré qu’il n’était pas coupable et elle l’avait cru, sans doute mue par un amour inconditionnel. Avec ses parents elle était la seule à croire en son innocence et lui avait promis de trouver le coupable. Une dispute avait éclaté parce qu’il refusait qu’elle prenne l’affaire tandis qu’elle le suppliait de quitter la ville le plus vite possible. Faute de preuve il avait été relâché mais devait rester à proximité.

- Ce sont les coupables qui prennent la fuite Estelle !
- Tout le monde t’en veux ici, la famille, les habitants, les commerçants, les forces de l’ordre. Ils pensent tous que tu es un assassin Maxime! Je ne veux pas que tu vives avec ça toute ta vie simplement parce que tu veux rester près de moi.

- Arrête, ordonna-t-il. Je ne vois pas ma vie sans toi ni ma famille. Je me fous pas mal de ce que les gens pensent de moi, je sais ce que j’ai fais ou pas.

Elle baissa la tête tout en retirant ses mains de l’étreinte chaude de son amant. Sans un mot, elle se redressa, enfila calmement sa veste en cuir et se dirigea, tremblante, vers la sortie.
- Estelle! Qu’est-ce que tu fais? S’écria-t-il en s’élançant vers elle.
Elle tourna alors vers lui un visage baigné de larmes et dit d’une voix blanche :
- C’est fini entre nous, Maxime. Adieu…

En sueur, le jeune homme se redressa et vit face à lui le visage poupon de sa petite amie, Fanny. Elle l’embrassa passionnément en lui rejetant la tête en arrière puis s’assit sur ses genoux. A chaque fois qu’elle le retrouvait, elle le dévisageait longuement comme s’il pouvait disparaître d’un instant à l’autre. Ce qui lui avait plu chez ce jeune homme aux cheveux noirs hirsutes et au regard troublant c’était son côté égaré. Elle l’avait servi au café où elle travaillait et s’était toujours réservée le plaisir d’aller à sa rencontre. Il lui avait tout de même fallu deux ans pour parvenir à attirer l’attention de Maxime. Ils avaient d’abord été de simples connaissances puis, petit à petit, une relation complice avait mûrie entre eux pour finalement aboutir à l’ébauche d’une nouvelle histoire. Elle l’aimait passionnément et aurait tout donné pour que ce regard triste ne soit plus qu’un mauvais souvenir pour lui. Souvent elle l’entendait haleter près d’elle et s’éveiller en sursaut. Dans ces moments-là elle préférait faire mine de dormir et sentait avec soulagement la main du jeune homme, poussant un soupir rassuré, qui lui caressait la joue. Elle ne connaissait rien de son passé et ne voulait pas le forcer à tout lui raconter car sa mine dévastée suffisait à la dissuader.

- Dis-moi chérie Le voisin d’en face aurait besoin d’un petit coup de main niveau plomberie, tu crois que tu pourrais faire quelque chose?

Sortit de sa torpeur, Maxime leva vers elle un regard voilé et parvint à esquisser un pauvre sourire. Il la rassura en hochant la tête et fit mine de la renverser pour se relever. Elle rit doucement et se pencha sur lui pour effleurer ses lèvres.
- Je vais te faire ton plat préféré ce soir mon amour.



- Maman! Dépêche-toi! Je vais être en retard à l’école!
Estelle se précipita à la rencontre du petit Nathan en lui tendant une boite en plastique verte :
- Nous n’allions quand même pas partir sans ton gouter, si?

Le petit garçon de cinq ans lui adressa un large sourire tandis qu’il attrapait la boîte. A peine l’eut-il eu entre les doigts qu’il fila à toute vitesse, dévalant les escaliers le plus vite possible. Estelle attrapa son sac à main, jeta sa veste sur son épaule et quitta les lieux en prenant bien soin de fermer derrière elle. Dans la rue grouillante de monde, elle se saisit fermement de la menotte de son fils et avança d’un pas rapide. Essoufflé, le petit garçon essayait de regarder les gens autour de lui :

- Dis maman, tu crois que papa est peut-être ici?
Estelle stoppa net sa marche et fixa Nathan d’un air douloureux. Plus le temps passait, plus les traits durs de Maxime se calquaient sur ceux, plus tendres, de l’enfant. Elle respira profondément et lui dit avec un sourire :
- Bien sûr que non mon chéri! Tu sais bien que papa est parti en voyage.
- Et il va bientôt revenir? Le papa de Lucas aussi il est en voyage mais il les appelle tous les soirs. Pourquoi papa il appelle pas lui aussi?
- Parce qu’il est loin, très loin et que c’est impossible de téléphoner là-bas. Mais ne t’inquiètes pas, il reviendra bien un jour.

Rempli d’espoir le petit garçon se laissa de nouveau guider par sa mère. Il souriait à tous les gens qu’il croisait, l’air ravi. Il savait ce qu’il dirait à la maîtresse aujourd’hui : il va retrouver son papa.

Après avoir déposé son fils à l’entrée de l’école, Estelle grimpa dans un tram, songeuse. Nathan la comblait, ses parents l’entouraient d’affection mais quelque chose en elle s’était brisé il y a bien longtemps. Aucun homme n’avait pu l’approcher. Elle n’éprouvait aucun manque, aucun sentiment, comme si, tout à coup, aimer lui était devenu impossible. Pourtant les hommes séduisants, charmés par sa mélancolie et sa froideur, se bousculaient à sa porte mais n’obtenaient jamais gain de cause. Elle avait pris la décision de vivre pour son fils et pour son travail, rien de plus. L’amour n’avait plus de place dans le rituel quotidien qu’elle avait difficilement mis en place.

Neuf mois après sa rupture avec Maxime, Estelle avait accouché d’un petit garçon fragile qui avait été mis en couveuse parce qu’il avait attrapé la jaunisse. Elle n’avait fait que pleurer parce qu’elle redoutait de perdre la seule chose qui la rattachait à celui qu’elle ne reverrait jamais. Quand, enfin, elle avait pu quitter la maternité avec son enfant dans les bras, Maxime était condamné à vingt ans de prison ferme pour le meurtre d’un dénommé Marcel Jouvenet. A l’époque, il s’agissait du patron du jeune homme, plutôt violent dans ses propos avec ses ouvriers mais toujours respectueux vis-à-vis de leur travail. Là encore, le coup avait été dur. Elle lui avait pourtant conseillé de s’en aller mais il n’en avait rien fait. La tristesse la rongeait et elle abandonna l’idée de présenter un jour le petit Nathan à son père. Pourtant, lorsque le petit garçon atteignit l’âge de deux ans, Estelle, à qui les parents de Maxime avaient présenté de plates excuses, leur avait justement présenté leur petit-fils.

Emus et troublés, ils choyaient désormais le petit prince de la maisonnée. C’était eux qui, quand elle travaillait tard, loin et dur, gardait le petit garçon. C’était pour eux un véritable plaisir puisque leur fils unique disparu se reflétait dangereusement dans la silhouette du petit bonhomme.

Lorsque le terminus fut annoncé, Estelle quitta le tram et s’élança d’une marche rapide vers l’hôtel de police. Dans le vaste hall au carrelage blanc lumineux, elle adressa un signe de tête à la secrétaire pincée et se dirigea vers l’ascenseur. Elle présenta son badge au détecteur infrarouge et appuya sur la touche qui la guiderait vers le troisième étage. Les portes s’ouvrirent ensuite sur un hall plus restreint où une autre secrétaire, plus vieille et toutefois plus sympathique, adressa un sourire radieux à la jeune femme.
- Un paquet est arrivé pour monsieur Giraud, inspecteur, est-ce que?
- Donnez-le moi, s’il vous plaît.

Elle attrapa le carton que lui tendait la vieille femme et se dirigea à grands pas dans son bureau. Ses dossiers, parfaitement classés, trainaient au milieu de son bureau car elle les avait lu et relu interminablement. Quelque chose clochait dans ces affaires mais elle n’arrivait pas à trouver de quoi il s’agissait. Elle se saisit alors d’un cutter et coupa rapidement le scotch marron qui cerclait le carton de façon appuyé.

Frédéric Giraud avait disparu depuis plus de quinze jours sans donner de nouvelles. D’abord inquiets, ses collègues avaient lancé des avis de recherche qui restèrent sans réponse puis, voyant le temps s’écouler et sachant que l’homme était relativement instable, ils remirent cette absence sur le compte des fameux troubles du comportement.

Lorsque le scotch céda enfin, des cheveux bruns minutieusement coupés s’envolèrent doucement pour s’éparpiller sur le bureau de la jeune femme. Ils étaient courts et visiblement frisés à l’origine, tout comme l’étaient ceux de Frédéric Giraud.

Suite, samedi prochain...

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Par NadirPrise de contact avec les personnages... Samedi la suite?
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le 08/11/2008
à 13:01
Par Dia GrisbiC'est prévu!

A samedi !
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le 08/11/2008
à 13:17
Par sushiil y a peut-être encore d'autres personnages ?
on verra !
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le 09/11/2008
à 20:18