
Mondialisation et démocratie : quelques notions de base
Vendredi 04 Juillet 2008 à 10:47
Par Michael Parenti
Source : http://www.countercurrents.org/pare
L’objectif des grands groupes transnationaux est de réellement devenir transnationaux, c’est à dire de se positionner au-dessus du pouvoir souverain d’une nation, tout en étant servis par les pouvoirs souverains de tous les pays.
Cyril Siewert, directeur administratif et financier (DAF), du groupe Colgate Palmolive aurait tout aussi bien pu parler au nom de toutes les transnationales quand il a déclaré : “Les Etats-Unis n’ont pas leur mot à dire en ce qui concerne les ressources de notre compagnie. Il n’y a aucune règle qui impose de donner la priorité au pays ” Avec les accords internationaux sur le “libre-échange”, tels que l’ALENA (Accord de Libre-Echange Nord-Américain, NAFTA en anglais), le Gatt (General Agreement on Tariffs and Trade) et la Zone de Libre-Echange des Amériques (ZLEA, en anglais : FTAA), les grands groupes transnationaux se sont hissés au-dessus des pouvoirs souverains des états nations. Ces accords donnent aux commissions de commerce international anonymes le pouvoir d’empêcher, de rejeter ou de diluer la moindre loi de tout pays qui pèserait sur l’investissement et les prérogatives commerciales des transnationales.
Ces commissions - dont l’OMC en est un exemple typique - regroupent un panel de “spécialistes du commerce” qui s’érigent en juges des questions économiques, et qui se placent au-dessus du pouvoir et du contrôle populaire de tous les pays, s’assurant par là même la suprématie du capital financier international. Ce fonctionnement, appelé mondialisation, est considéré comme l’inévitable vecteur de croissance naturel profitable à tous. C’est en fait, un coup d’état mondial orchestré par les intérêts économiques du big business mondial.
Elus par personne et issus du monde de l’entreprise, ces panels se rencontrent en secret et, n’étant pas liés aux clauses de conflits d’intérêts, ont souvent des intérêts économiques dans les questions mêmes dont ils débattent. Des 500 pages de réglementations et de restrictions, pas une seule n’est destinée aux entreprises privées. Elles concernent toutes les gouvernements.
Les gouvernements signataires doivent baisser leurs tarifs douaniers, cesser de subventionner leur agriculture, offrir le même traitement aux compagnies étrangères qu’aux compagnies locales, honorer toutes les demandes de brevets privés, et se conformer aux règles édictées par les membres permanents d’une élite bureaucratique, l’OMC. Si un pays refuse de changer sa législation selon les diktats d’un comité de l’OMC, celle-ci peut lui infliger des amendes ou des sanctions économiques internationales, privant le pays récalcitrant de marchés et d’équipements indispensables. Atteintes à la santé publique et à l’environnement Agissant comme juge suprême au niveau mondial, l’OMC a rejeté des lois qui constituaient, selon elle, “un obstacle au libre-échange”.
Elle a imposé au Japon des teneurs plus élevées en résidus de pesticides dans les produits alimentaires importés.
Elle a empêché le Guatemala de légiférer contre une publicité mensongère pour des aliments pour bébés. Elle a fait lever dans divers pays l’interdiction de l’amiante, et fait changer la réglementation sur les économies de carburants et sur les normes d’émissions de polluants atmosphériques pour les véhicules à moteur. Elle s’est prononcée également contre les lois de protection de la vie aquatique et contre l’interdiction de fabrication de produits à partir d’espèces menacées. L’interdiction dans l’Union Européenne de l’importation de bœuf américain bourré d’hormones, était massivement approuvé par les populations dans toute l’Europe, mais un panel de l’OMC composé de 3 membres a décidé que cette interdiction était contraire aux lois sur la liberté du commerce.
Cette décision sur le boeuf a constitué une menace pour tout un tas d’autres réglementations sur l’importation de denrées alimentaires pour des raisons de santé publique. L’OMC a rejeté la partie de la loi sur l’Air Pur aux US qui interdisait certains additifs dans l’essence parce cette mesure empêchait les importations en provenance de raffineries à l’étranger.
L’OMC a rejeté également la partie de la loi sur les Espèces en Voie de Disparition qui interdisait l’importation de crevettes capturées avec des filets sans dispositif de protection pour les tortues de mer.
Le libre échange, ce n’est pas le commerce équitable ; il profite à des pays puissants au détriment des faibles, et il sert les intérêts des riches au détriment de nous tous. La mondialisation, c’est revenir sur beaucoup de réformes du XX° siècle : pas de liberté de boycotter des produits, pas d’interdiction contre le travail des enfants, pas de salaire minimum vital ou d’avantages sociaux, pas de services publics s’ils entrent en compétition avec les services privés, pas de protections sociales qui viennent réduire la marge des entreprises. Le Gatt et les accords de libre échange suivants permettent aux multinationales d’imposer un droit de propriété intellectuelle sur l’agriculture locale et autochtone. Ainsi, l’agrobizness peut mieux infiltrer les petites communautés économiquement autonomes pour s’accaparer leurs ressources.
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