
Tocqueville n'était pas toqué !
Jeudi 26 Juin 2008 à 21:12
Il y a presque cent-cinquante ans, un brillant vicomte s'inquiétait déjà de certaines dérives de la démocratie, pourtant naissante:
"« Il y a un passage très périlleux dans la vie des peuples démocratiques.
« Lorsque le goût des jouissances matérielles se développe chez un de ces peuples plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté, il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux-mêmes, à la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir. Préoccupés du seul soin de faire fortune, ils n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous. Il n’est pas besoin d’arracher à de tels citoyens les droits qu’ils possèdent ; ils les laissent volontiers échapper eux-mêmes(…)
« Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s’ensuit pas assurément que les peuples doivent mépriser la paix publique ; mais il ne faut pas qu’elle leur suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l’ordre est déjà esclave au fond du cœur ; elle est esclave de son bien-être, et l’homme qui doit l’enchaîner peut paraître. (…)
Alexis de Tocqueville
Belle anticipation ! Pourtant le bien-être de l'époque n'était rien à côté de celui de nos jours, du moins dans nos sociétés occidentales et hors-mis les exclus bien sûr !!!
Alexis de Tocqueville, très grand intellectuel du 19 ème siècle, noble s'il en est mais néanmoins héraut de la démocratie et de la république, fut l'ardent défenseur de la jeune démocratie américaine et le chantre du libéralisme , à une époque où, c'est vrai, ce mot avait un sens, parce que maintenant il est complétement galvaudé, tant par les maniaques du capitalisme que par les nostalgiques du communisme
( cf. par exemple la polémique autour du bouquin de Delanoë)
Pour ma part, je n'adhère pas à toutes les idées de Tocqueville mais je comprends qu'à cette époque on pouvait légitimement penser qu'elles étaient les meilleures,
Il s’agissait rien moins que de promouvoir la démocratie comme la seule garante possible d'une société plus juste et d'individus plus libres, le progrès quoi !
Les moyens : maintenir une sorte de compromis entre égalité et liberté, et le prix à payer : un combat permanent pour que l'une ne détruise pas l'autre
je pense que c'est la social-démocratie de maintenant, et on a tendance à oublier que c'est un travail de patience, un travail de fourmis, bref que tout ça a un prix, ça vous tombe pas tout cuit dans le bec !
Et il ne faut pas attendre de miracles , jamais, au grand jamais !!! ni écouter les chimères des uns et des autres mais leur préférer ceux qui ne promettent pas la lune
Je pense aussi, à l’instar de Tocqueville, qu’ il faudrait que nous, individus de sociétés démocratiques, nous responsabilisions davantage pour préserver l'essentiel, faute de quoi on n'aura de choix qu'entre la dictature politique et la tyrannie économique, c'est à dire la jungle
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