
J'avoue, j'ai pas aimé "Traces du sacré"... mais je vous dis pourquoi...
Dimanche 25 Mai 2008 à 22:40
Et en plus j'assume totalement la flemme que j'ai de réécrire un texte et donc de recycler mes alliciants articles charitablement publiés par le ever so sexy Témoignage chrétien...
« Dieu est
mort ! Et c'est nous qui l'avons tué ! Qui nous lavera de ce
sang ? Quelles expiations, quels jeux sacrés serons-nous
forcés d'inventer ? ». Nietzsche résume
dans son Gai savoir l'interrogation que tente de soulever
l'exposition « Traces de Sacré » au
Centre Pompidou jusqu'au 11 août 2008. Si le projet est
louable, le résultat est plus douteux. Mais la question reste
fondamentale : en nos temps sécularisés, quel rapport
entretenons-nous encore avec le sacré ? La rationalisation,
le matérialisme scientifique, ont abouti à une sortie
de la pensée magique, un véritable « désenchantement
du monde » dans les termes du sociologue Max Weber. Avec
une ambition zélée, survolant tout le XXème
siècle et rassemblant une kyrielle de quelque 350 œuvres
(peintures, sculptures, installations sonores et vidéos),
l'exposition prend ici les artistes comme témoins privilégiés
de cette évolution. Leur rapport à la création,
à l'art, nous amène à une réflexion sur
notre lien au religieux.
Placé sous le
saint patronat du « Friedrich Nietzsche »
(1906) de Edvard Munch, imposant, dominant et soucieux, l'exposition
entreprend d'abord « d'approcher le sacré par
les impies et les non-croyants » comme le relève
une visiteuse. L'expressionniste norvégien dira de son portrait
du philosophe : « Dieu fut détrôné
ainsi que tout le reste. Tout le monde court en tout sens en une
folle danse de la vie. » Une folle danse dans laquelle
nous entraînent les 24 salles de l'exposition. Cherchant à
décliner toutes les facettes du rapport au sacré, la
logique de l'exposition se veut à la fois thématique et
chronologique. Dans un bruyant hétéroclisme sont
invoqués : le désir d'infini de l'homme, l'attrait de
l'ésotérisme et des divinités orientales, le
culte du surhomme, l'apologie de la nature, la fascination des
masques africains, les tendances iconoclastes et sacrilèges,
les dérives politiques, les velléités de paradis
artificiels...
Non, « elle
n'en fini plus cette expo...! » comme le lâche,
à mi-parcours, cette femme âgée aux airs de
maîtresse d'école. Les
chefs d'oeuvres sont certes au rendez-vous, comme « Le
Grand Métaphysicien » (1917) de Girogio de Chirico
où le ciel vert opaque semble empêcher toute tentative
d'élévation de l'homme ; ou ce Rothko « Untitled
(Black, Red over Black on Red) »(1964), lumineux comme une
lune rousse au milieu de la nuit noire. Tout comme nos peintres
chéris, on retrouve Picasso, Duchamp, Matisse, Dali... qui
montrent des facettes parfois méconnues. C'est le cas du
somptueux triptyque du néerlandais Piet Mondrian (1872-1944),
où, dans allégorie à l'épanouissement
spirituel, on le découvre avant le graphisme abstrait de ses
carrés rouges jaunes et blancs. « Traces de sacré »
est aussi l'occasion de véritables rencontres artistiques,
comme celle de Yazid Oulab, artiste contemporain algérien
vivant à Marseille, et son installation visuelle et sonore.
Les volutes d'encens s'élèvent dans l'air, troublées
par le souffle des récitants de sourates ; la mystique
soufiste nous imprègne. Mais le tout est tellement surchargé,
touffu, pléthorique, que l'on ne sait plus où donner de l'œil. La pluralité des supports artistiques est une richesse
mais la quête d'exhaustivité alliée au modernisme
à tout prix est un jeu dangeureux. Nous sommes bien au XXIème
siècle: ça brille, ça clignote, ça parle,
ça chante, ça défile... Les oeuvres ne se
répondent pas, elles se chevauchent. Triste illustration du
populaire dicton : qui trop embrasse mal étreint.Une
exception, cette salle entièrement blanche, comme un souffle
au milieu de ce parcours du combattant, avec au fond un petit garçon
de dos, agenouillé et priant. Le réalisme est
surprenant, la simplicité déconcertante. On s'approche
découvrir le visage du pieux enfant : c'est Hitler. L'œuvre,
« Him » (Lui) est de Maurizio Cattelan, Italien
vivant à New York, un des artistes le plus en vogue de l'art
contemporain. Elle montre
bien les limites que se sont fixés les commissaires : aucunes.
Evidemment, car le rapport au sacré est partout : dans le
masque gabonais comme dans les appétences totalitaires de
l'homme XXème siècle.
Et quelque part pourtant, dans un effet retors, l'expo marche. Elle
suscite la réflexion. Face à ce sympathique
vide-grenier où se côtoient toutes sortes de reliques de
l'art du XXème siècle dans un joyeux capharnaüm on ne
peut que s'interroger : qu'est ce que l'art aujourd'hui ?
L'art
est le lieu à proprement parler de la naissance du religieux.
Des pyramides aux totems aux statues grecques, c'est la
représentation même de la religion qui est à l'œuvre. Hegel l'explique formidablement dans sa Phénoménologie
de l'Esprit
: l'art comme socle, comme fondation du religieux. L'art est vivant,
les satues grecques sont au cœur de la vie des hommes, participant
pleinement au tissu social. Et puis le Christianisme, la religion
révélée. Si les vérités ont été
révélées, quel rôle reste-t-il encore à l'œuvre ? Désertant le religieux, relégué hors
de la cité, l'art a quitté le monde des vivants. Reclus
dans des musées, il entre dans nos vies le temps d'une
promenade distraite où l'homme moderne est plus souvent à
la recherche de culture que d'Art. Ce n'est pas Dieu, ni le sacré,
qui est moribond aujourd'hui... c'est l'Art qui est mort !
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